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7 décembre 2014

DNA_Le portrait du mois - Zoom sur le président emblématique du PCA

Jean-Pierre Hoerner a notamment été membre du jury lors des championnats d’Europe d’athlétisme en salle disputés à Bercy en mars 2011

L’enfant épanoui

Jean-Pierre Hoerner est né en 1942 à Colmar. Il fait partie de ceux qui ont connu la ville avant qu’elle ne se métamorphose. « J’habitais dans le quartier Saint-Léon, pas très loin des usines textiles où mon père travaillait. Ma maman, elle, était mère au foyer, comme beaucoup de femmes à cette époque. Dans les rues, il y avait encore le tramway (disparu en 1960, ndlr) , je m’en souviens… On pouvait aussi entrevoir des prés et des champs, qui ont été remplacés par des gymnases, des églises et des immeubles. Le vieux centre, avec sa petite cathédrale, n’a pas tellement changé. »

Le lycée Bartholdi est, lui aussi, toujours là. Au milieu du siècle dernier, Jean-Pierre Hoerner y a effectué toute sa scolarité. « On devait tous se mettre en rang par deux et il fallait se taire, se remémore le septuagénaire. C’était une sacrée discipline… Ce côté autoritaire nous donnait envie de transgresser les règles et d’enfreindre les interdits. On n’avait même pas le droit de traverser le couloir du proviseur, alors quand on parvenait à le faire, on était tout heureux ! »

Et de lâcher, dans un clin d’œil : « Aujourd’hui, les conneries que font les gamins, ça me fait sourire. Je les comprends parce que je me sens encore jeune. »

L’athlète débrouillard

En matière de sport, le petit Jean-Pierre est d’abord tenté par le ballon rond. « Mon coiffeur était un grand spécialiste du FC Colmar. Mais dans l’esprit de mon père, il n’était pas question que je fasse du foot. Un jour, au lycée, un cross a été organisé. J’étais assez rapide et mon prof l’a remarqué. »

« À l’époque, il n’y avait pas de starting-blocks. Tu venais avec une truelle et tu creusais… »

Sur les conseils de son enseignant, le coureur en herbe « prend [sa] première licence en 1958, au Colmar Athlétique Club ». « J’étais venu pour faire un 60 m et on m’a mis au départ d’un 1 000 m, sourit-il. Le stade des Cheminots était notre antre, c’est là qu’on courait. Il n’était praticable qu’à la fin de l’hiver, quand la Ville de Colmar avait roulé la piste. À l’époque, il n’y avait pas de starting-blocks. Tu venais avec une truelle et tu creusais. Notre entraîneur, Louis Mangold, nous rappelait constamment de ne pas oublier notre sac et notre petite pelle. Jesse Owens, aux Jeux de Berlin (1936), avait aussi les pieds dans des trous avant de s’élancer… »

Des anecdotes de ce genre, Jean-Pierre Hoerner pourrait en raconter des dizaines. « Pour faire du saut en hauteur, on utilisait des banquettes de voitures en mousse. On les mettait dans un filet et on les posait au sol. Pour le 3 000 m steeple, il fallait creuser une fosse, dans laquelle on installait une bâche sur laquelle on versait de l’eau. Le problème, c’est que nos pointes trouaient la bâche. Du coup, l’eau foutait le camp… C’était folklorique ! Pour ma part, je n’ai jamais été un athlète transcendant. Je valais tout de même 50 secondes au 400 m. J’ai arrêté de courir à 23 ans, quand je suis devenu prof de sport. »

L’enseignant chanceux

Jean-Pierre Hoerner n’a jamais quitté Colmar. « Il faut croire que je m’y sens bien ! » En 1965, un poste d’enseignant en éducation physique et sportive se libère au lycée Bartholdi. Le jeune homme dépose naturellement sa candidature. « Dans cet établissement, je n’ai jamais eu sous ma responsabilité des adolescents difficiles. J’avais d’excellentes conditions de travail, c’était limite indécent… J’habitais à deux pas du gymnase. Toute ma vie, je n’ai eu qu’à traverser la rue pour aller travailler ! »

Et de s’extasier : « En fait, je crois que j’ai eu une chance énorme. Avec les élèves, on se tutoyait et il n’y avait pas de problème de discipline. Grâce au soutien des proviseurs, on a fait des sorties ski de fond, spéléologie, escalade… Des choses que l’on ne pourrait plus réaliser maintenant, car tout est encadré. J’en garde des souvenirs extraordinaires. »

Le plus grand moment restera peut-être ce voyage à Pékin, en 1994. « Le lycée Bartholdi avait qualifié une équipe de cross scolaire pour les championnats du monde. La Chine commençait à s’ouvrir au monde sportif et nous avons été accueillis de façon majestueuse. Des policiers se mettaient devant nous pour nous faciliter la circulation. On prenait même les autoroutes à contresens ! Nous étions hébergés dans un magnifique hôtel. Et la cérémonie d’ouverture était grandiose… »

En 2003, Jean-Pierre Hoerner fait valoir ses droits à la retraite, non sans avoir fêté le tricentenaire de son établissement, cinq ans plus tôt.

Le fidèle compagnon des jeunes athlètes

Dans les années 1960, les professeurs d’EPS sont généralement des sportifs aguerris. « On les retrouvait en grand nombre dans des clubs d’athlé, de gym ou de natation, rappelle Jean-Pierre Hoerner. Le Colmar Athlétique Club était une pépinière d’enseignants… Pour ma part, je ne peux transmettre quelque chose que si je l’ai moi-même ressenti. Aujourd’hui, il n’y a plus cet apprentissage technique. Le sport est considéré comme un moyen de mieux vivre. Il est appréhendé sous l’angle du loisir. Attention, je ne dis pas que c’est mal… »

« Je crois que j’ai passé plus de temps avec les gamins des autres qu’avec les miens ! Dieu merci, ils ne me l’ont jamais reproché… »

Jean-Pierre Hoerner ne présente pas le profil du vieux réactionnaire aigri. C’est même tout le contraire. Son caractère consensuel et son ouverture d’esprit lui ont permis de traverser les époques, sans jamais se sentir en décalage.

L’an prochain, cela fera un demi-siècle, tout pile, qu’il consacre son existence aux jeunes athlètes du cru. Dès 1965, Jean-Pierre Hoerner est passé du statut de « consommateur » à celui de cheville ouvrière du Colmar Athlétique Club. « Des générations, j’en ai connu un certain nombre. Et j’éprouve toujours autant de plaisir, lance-t-il. Lorsque je vois un enfant qui a le sourire jusqu’aux oreilles parce qu’il vient de battre son record, je trouve ça chouette. Ce qui caractérise ce sport, c’est la recherche de la performance. Le seul objectif, c’est de progresser. La notion de jeu n’existe pas. On joue au football, mais on ne joue pas à l’athlé… »

Jean-Pierre Hoerner s’est toujours senti proche de ses licenciés. En cas de besoin, il leur prête une oreille attentive, les conseille et peut même assumer, épisodiquement, un « rôle social ».

« Quand tu t’investis dans une association, tu ne vois pas le temps passer, confie-t-il. Plus jeune, j’ai été chef d’une troupe de scouts à Colmar. C’est peut-être lié à mon éducation, mais j’ai toujours donné de ma personne. Réaliser quelque chose, non pas pour soi mais pour les autres, c’est valorisant. Encore maintenant, j’ai du mal à refuser un service à quelqu’un… »

Par pure passion, le retraité accompagne ses athlètes partout, toute l’année, aux quatre coins du Haut-Rhin, de l’Alsace et de la France. À ses yeux, même la plus anecdotique des compétitions vaut le déplacement, si l’un de ses protégés est en lice. « Je crois que j’ai passé plus de temps avec les gamins des autres qu’avec les miens ! Dieu merci, ils ne me l’ont jamais reproché… »

Le gentil président

En 1973, lorsque la mairie décide de construire une nouvelle enceinte baptisée « stade de l’Europe », le Colmar Athlétique Club – où évolue Jean-Pierre Hoerner – et les SR Colmar fusionnent.

Chacun souhaitant préserver son identité, l’entité fraîchement créée adopte un nom imprononçable : ESRCAC (*). Elle intègre, au début des années 1990, plusieurs clubs des alentours, sous forme de « sections locales ».

En 1998, les dirigeants de l’entente décident finalement de donner naissance au Pays de Colmar Athlétisme (PCA), composé à ce jour du CCA Rouffach, du FC Guebwiller, de l’AC Raedersheim, du CSL Neuf-Brisach, de Volgelsheim et de… l’ESRCAC. Jean-Pierre Hoerner a, lui, accepté de prendre la tête de ce regroupement, qui comptait 835 licenciés à l’issue de la saison 2013-2014.

« Je ne me sens pas tellement président. Je le suis parce qu’il en fallait un, évacue le patron du PCA. Ce qui me passionne, c’est de constituer des équipes et de les emmener sur les pistes. Je ne me vois pas vieillir, car le public avec lequel je travaille a toujours le même âge… Il y a simplement des démonstrations que je ne fais plus parce que les genoux coincent ! »

« Si quelqu’un veut la présidence du PCA, je la lui laisse avec énormément de plaisir, j’applaudis des deux mains et je l’embrasse ! »

Jean-Pierre Hoerner l’admet sans détour : il n’a pas l’âme d’un chef. « Je ne suis pas assez directif, c’est mon défaut. J’essaye au contraire d’être conciliant, de comprendre les gens et de les aider au maximum pour éviter les conflits. »

Quitte à être trop gentil… Souvent, à la fin d’une manifestation, c’est lui qui prend son balai « pour nettoyer la salle ». Les plus jeunes, à l’entendre, n’ont pas toujours le réflexe de donner un coup de main. « J’essaye de prêcher par l’exemple, mais ça ne marche pas toujours. Je suis un peu la bonne à tout faire de l’association… »

Jean-Pierre Hoerner rêve du jour où l’homme providentiel viendra toquer à sa porte. « Si quelqu’un veut la présidence du PCA, je la lui laisse avec énormément de plaisir, j’applaudis des deux mains et je l’embrasse ! De mon côté, je n’ai pas spécialement de réseau. Le monde économique, je ne le connais pas. Et je suis souvent en admiration devant les résultats que nous obtenons, compte tenu des moyens dont nous disposons (80 000 euros de budget annuel, ndlr). »

Jean-Pierre Hoerner n’y est assurément pas étranger. À son humble niveau, ce roi du bénévolat en fait déjà beaucoup.

Préparation des convocations, gestion des licences, composition des équipes, suivi et accompagnement des athlètes, organisation de compétitions comme le meeting national de Colmar (en juin)… Le pilier du PCA n’en finit plus de décliner à toutes les sauces la notion de don de soi.

Et ça commence à l’inquiéter : « Nul n’est indispensable, mais le jour où je ne serai plus là, qui voudra faire tout ça ? »

« Il nous faut une structure couverte »

En 1964, au stade des Francs, se déroule le 1 er meeting national de Colmar. Le maire Joseph Rey remet à Jean-Pierre Hoerner le trophée associé au challenge des frères Heise, mis en place six ans plus tôt.

Jean-Pierre HOERNER a connu bon nombre de satisfactions, durant les cinq décennies qu’il a consacrées à l’athlétisme colmarien. Mais le président du PCA n’est pas encore totalement comblé. « Ce qui me rend triste actuellement, c’est que quatre clubs tournent sur le stade de l’Europe (*). En regroupant nos forces, nous pourrions être plus forts et permettre à nos athlètes respectifs de faire de la compétition dans de bonnes conditions. »

(*) Le Colmar Marathon Club (CMC), le Collectif Athlé Colmar (Cac’10), le Triathlon Alsace Club de Colmar (TACC) et le Pays de Colmar Athlétisme (PCA).

« Le maire l’a promis »

Jean-Pierre Hoerner a un autre « gros regret » : à l’instar de l’Alsace tout entière, Colmar ne dispose toujours pas de salle dédiée à l’athlétisme.

« Il nous faut une structure couverte pour que nos licenciés puissent s’entraîner l’hiver. Dès qu’il fait froid, humide ou nuit, plus personne ne peut pratiquer sa spécialité. C’est comme si on retirait sa raquette à un joueur de tennis ou si on enlevait l’eau de la piscine à un nageur. »

Le numéro 1 du PCA ne désespère pas, toutefois, de voir son rêve se réaliser enfin. « Normalement, l’installation sera créée. Le maire de Colmar l’a promis. Tous les candidats aux municipales avaient d’ailleurs inscrit ce point dans leurs programmes électoraux. Alors j’y crois… »

Il s’agit, en vérité, d’un vieux serpent de mer. Le sujet était déjà évoqué dans un article des DNA datant de 1990, placardé dans le club-house du stade de l’Europe. Les promesses, paraît-il, n’engagent que ceux qui les écoutent...

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